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mercredi 2 juillet 2014

Episode XXV: ANTIFOOTEUX: les 5 arguments qui ne tiennent pas la route (où Perrine Pan(ini) ne plaisante plus)

En guise de carton jaune: 

Oui, je sais. Je risque de ne pas me faire que des copains, sur c’coup (d’pied’but)-là. D’achever de me faire détester par les antimundialistes avec qui je me crêpe le chignon depuis deux semaines. Et de me faire traiter d’opportuniste crasse qui surferait sur la brazilian wave pour reconquérir un lectorat en constante baisse, baisse qui pourrait s’expliquer par le fait….ben qu’en fait je n’écris plus. MAIS JUSTEMENT !! JUSTEMENT !! Allez savoir pourquoi, la victoire de nos Diap’s me fait pousser des ailes et me donne comme une irrépressible envie de reprendre la plume pour voler à leur défense (de zone). Oui, je sais, ce n’est pas le (tir au) but de ce blog de parler ballon rond, ça peut paraître hors-sujet (voire hors-jeu), en même temps, que de liens peuvent être établis entre le foot, la Coupe du Monde, et l’adulescence. Puisqu’il s’agit de défense, je reprendrai un à un les arguments et autres commentaires de l’accusation, pour y apporter un nouvel éclairage du à une vision probablement très naïve du phénomène. Et promis, je fais sortir illico Stéphane De Groodt  de mon corps.

1° « Tu trouves ça normal ces gens qui votent NVA ou blanc, mais qui depuis le 12 juin dégainent leurs drapeaux belges ? »

D'une certaine manière oui, c'est une forme de patriotisme spontané qui ne pète pas plus haut que son cul et sur laquelle je ne vois pas pourquoi il faudrait cracher. Je n'ai pas une bonne vue de Flandre (et là mea culpa), je ne sais pas si ces gens sont hypocrites ou se sont laissé surprendre par la fougue footballistique au point de troquer le drapeau au lion contre celui du pays. Quoiqu’il en soit, les élections dépriment les Belges, ils n'y croient plus et sont désenchantés, alors que la Coupe du Monde les euphorisent. Tant mieux si cette occasion fait d’eux des larrons un peu cons, et les unit dans la connerie. Comment ne pas être un peu "ému" de les voir se fédérer à ce point? Même dans le fin fond du moindre bled fleurissent des drapeaux tricolores, de manière libre et positive, et non comme un tentative désespérée de sauver un pays qui s'écroule. Pourquoi ne pas se réjouir de voir les Belges sortir les drapeaux non pas parce qu'ils sont désespérés mais parce qu'ils sont fiers? Cette euphorie est peut-être un peu niaise mais elle est spontanée et contagieuse et ça c'est bon. Et j'ajouterais que justement, contrairement aux votes électoraux, supporter les Belges à la Coupe du Monde n'est pas obligatoire. Ce qui rend cette ferveur d'autant plus réjouissante. La Belgique en a plus que jamais besoin. Peu importe la forme que prend le patriotisme.

2° « Comment peut-on se passionner pour une bande de tebés qui court derrière un ballon ? »

Celui qui sort pareil argument n’a probablement jamais regardé un match de foot. Du moins, jamais attentivement. Moi pour qui le foot se résumait jusqu'ici à Benjamin Deceuninck (pour ne pas dire Stéphane Pauwels), et à l'argument de vente fallacieux de la DH, moi qui m'y connaissais encore moins en foot qu'en cuisine (c'est dire), je me suis surprise à me passionner pour cette discipline, pour ne pas dire cet art. Non, j’exagère à peine. Bon bien sûr je parle de matchs de minimum Division 1 hein, pas de ceux du C.S. Pécrot ou du club de Couillet-Queue. Pour moi, les footballeurs sont de véritables virtuoses aux yeux bioniques, petits perles qui leur permettent de viser avec précision le pied d’un de leur coéquipier placé à l’autre bout de cette immense étendue de gazon. Moi qui parviens à foirer mon lancer de chaussette alors que je me trouve à 10 centimètres du panier de linge sale, moi qui suis la reine de l’autogoal au kicker et de la rigole au Bowling, ça me troue le luc. Pour moi, faire en sorte d'envoyer, par un tour de passe-passe prodigieux, la balle aux basques du joueur arrière (ou avant, c’est selon, allez quoi, on s’comprend), sans avoir des yeux dans le dos, c'est faire montre d'un talent fou. et d’une écoute remarquable. Les bons joueurs n’essaient pas d’être le meilleur joueur. Et c'est ce qui fait l'intelligence de nos Diâps. Je pourrais encore m’extasier à propos des dribbles envoûtants et autres « têtes » que même (surtout) un type touffu comme Fellaini maîtrise au point de faire tourner les nôtres, ou encore sur le bilinguisme de la plupart des Diables Rouges, à complexer définitivement notre bon Elio, qui finit de prouver qu’ils ne sont pas complètement demi-doux. En fait, comme cette petite dame ce matin à la radio qui se réjouissait d’ «avoir regardé un match pour voir ce que ça faisait, et avoir découvert un nouveau plaisir », moi aussi, après des années de frigidité footballistique, je me découvre une addiction pour ce sport, ses stratégies et ses rebondissements, capables de me faire tachycarder encore plus que la finale Capriati-Clijsters à Roland Garros. Et plus on regarde, plus on comprend, plus on comprend, plus on aime, plus on aime, plus on regarde, etc. Et voilà que je comprends enfin, après des années d'interrogation sur ce qui me semblait jusque-là être la plus grande imposture télévisuelle, la raison d'être des émissions de foot. J'arrive désormais à envisager qu'on puisse débattre des heures d'un match de foot sur un plateau télé, devant des types en vareuse.  Bon, j'hésite à me lancer dans un grand paragraphe dont l'angle serait "en plus de pas être cons, sont nin moches les p'tits", parce que c'est vrai que je trouve ça génial le filtre Instagram permanent que la Coupe du Monde et le talent des Diaps nous mettent devant les yeux, au point de faire passer Kevin De Bruyn pour le nouveau Beckham. Même si c'est vrai que certains sont des bias garçons, ça me fait rire que celles qui dénonçaient autrefois les coupes mulette des joueurs les élèvent tout à coup au rang de Dieux du Stade. Mais de nouveau, c'est ultra positif, ce carnaval de Rio dans la culotte. 


3° Le foot a tendance à exacerber le racisme

Je remarque effectivement que le racisme au foot peut prendre différentes formes, de la plus légère/anecdotique/condescendante/pas fait exprès (remarques, comparaisons à caractère racial qui ont toujours existé dans le sport en général; boulettes de Mathilde) à la plus sévère (lancers de bananes, blackfaces). En même temps en Belgique, l'équipe est ultramétissée et j'ai justement l'impression que cela gomme les caractéristiques raciales des joueurs. Ils sont juste belges. Certes, peut-être aurait-on affaire là aussi à une forme d'hypocrisie due à l’euphorie du moment. Bon ben j'ai rien de drôle à dire là-dessus, vous m'excusez. 

4° Les hommes deviennent (encore plus) machos et débiles et ont besoin d’exposer une virilité qui se résume à des cache-rétros  tricolores.

Et qui leur donne du coup ce sentiment d'être un peu hors-la-loi, pour ne pas dire bad boy, faisant monter leur adrénaline chaque fois qu'ils prennent la bagnole (vais-je me prendre une amende?). C’est sur que mettre des bonnets à grelots ne suffit pas à cacher la misère d’un corps ventripotant aux relents de vieux vestiaire, bien au contraire. C’est sur aussi que certains mecs ont l’art de se métamorphoser en véritables gorets tout suants, petits porcelets sous psychotropes qu’on a juste envie de griller sur le barbec avec un maïs dans la bouche. Mais certaines gonzesses tirent également leur épingle du jeu en devenant totalement hystériques (moi).  Sur l’aspect merchandising, je n’ai pas grand-chose à dire. Pour le coup, c'est pas un filtre Instagram mais noir-jaune-rouge qui est mis devant mes yeux et ma vie en permanence. J'en peux plus d'avoir mon oreiller noir jaune rouge les lendemains de match, et pourtant j'ai une addiction à ce maquillage impossible à retirer, et j'en remets, et j'en remets, et j'en remets encore. C'est vrai qu'on n'a pas l'air super fut avec ces perruques (en tout cas pour qui ne s'appelle pas Axelle Despiegelaere), mais en même temps, on est comme ça nous les Belges. On s'encombre pas de prétention. Bon je me retrouve effectivement avec des drapeaux à ne plus savoir qu’en faire (dont certains d’origine improbable : la société de Titres Services, par exemple), de quoi m’étouffer dans mon patriotisme. Et si on parle en mètres carrés de tissu, ben oui, on pourrait en habiller des nécessiteux. Vous voyez où je veux en venir mmmm ? Merchandising, consommation, gaspillage….. Terrain glissant !! Celui sur lequel ma passion naissante pour le football a failli déraper. Ben oui, bien sûr qu’y a des milliards de trucs à reprocher non pas au foot, mais à l’univers du foot. Et je sais que des gens tentent de faire preuve de créativité pour permettre à tout un chacun de combiner passion pour le foot et éthique. Pour en revenir à l’aspect merchandising, ok le principe est pas génial, ok ce n’est pas toujours du meilleur goût, mais au moins maintenant tout le monde a un drapeau et les gosses connaissent la Brabançonne avant de partir en camp (ou ne sont plus obligés de faire du scoutisme pour la connaître, c'est selon). Pour moi, le merchandising est moins dérangeant ici parce qu'il est d'abord noir-jaune-rouge avant d'être DH, Devos Lemmens ou Jupiler. On a juste l'impression que "Belgique" est un nouveau groupe à la mode ou un film qui vient de sortir, sur lequel on aurait tous bossé. 


5° « Oui alors ok, vous avez le droit d’aimer le foot, mais ne l’imposez pas aux autres quoi. En vous remerciant. »

Oh là lààààà, c’que vous pouvez être carrés du cul, vous, les antifooteux. Ben oui, le foot, c’est festif. C’est sur qu’on ne célèbrerait sans doute pas de la même manière la victoire de l’équipe gagnante du championnat international de Yathzee. C’est sur aussi qu’on ne va pas fêter une victoire en huitièmes de finale en buvant du jus de carotte ou en faisant des farandoles silencieuses. Pour les klaxons ok, je suis désolée, c'est vrai que tout le monde n'est pas provincial. Mais ce qui est topissime, c'est que les écrans géants rassemblent toutes les générations et toutes les classes sur la place publique. Un goal de la Belgique peut être capable de se faire rouler une pelle à des inconnus, dans la confusion la plus totale. On a l'impression que toute la Belgique vibre ensemble dans un grand stade. Oui, y a moyen de bien craquer son slip, c'est sur. Les matchs des Belges sont en tout cas de belles excuses pour faire la fête en semaine et pour arriver plus tard au boulot. Votre patron n'a pas à savoir que vous n'aimez pas le foot!! Mais encore mieux: ne boudez pas ce plaisir, et sautez sur ce prétexte pour venir bambouler avec nous!!



=> Oui il y a mille trucs à dénoncer dans le foot, je suis d'accord, mais que ça ne nous m'empêche pas de faire la part des choses et de jubiler, le temps d’une parenthèse. Et puis les trentenaires étaient enfants en 86 alors profitez de cette petite Madeleine de Proust :-).

samedi 3 mai 2014

PERRINE PAN A REVU POUR VOUS….. Un épisode de "Sauvés par le Gong"


LE LIEN: http://www.dailymotion.com/video/xq3ddj_sauve-par-le-gong-1x01_shortfilms


LA SERIE : Sauvés par le gong (Saved by the Bell) est une série télévisée américaine en 90 épisodes de 23 minutes et 2 téléfilms de 90 minutes, créés par Sam Bobrick et Brandon Tartikoff et diffusée entre le  et le  sur le réseau NBC.

L'ANALYSE MINUTE: Reposant sur le principe de la focalisation spectatorielle et de l’aparté (Zak Morris introduit chaque épisode face caméra en s’adressant au spectateur, à qui il lui arrive de lancer finaudement des clins d’œil. De là à dire que Zak Morris est à la série américaine ce que Woody Allen est à la comédie de moeurs sophistiquée, il n'y a qu'un pas....), Saved by the Bell est une série réaliste sociale que certains sociologues du cinéma n'hésitent pas à qualifier de métaphore de la société américaine et de son brassage multiculturel. Son cahier des charges respecte en effet avec précision les quotas en vigueur à l’époque. On y retrouve donc trois individus de type caucasien pour une immigrée polonaise (qui n'a de polonais que le nom), un hispano-américain et une afroaméricaine. Elle respecte également le nombre requis de cheerleadeuses et de NERD’s (l’équivalent de ce que nous appelons communément en Europe "les intellos" ou "La bande du cours d’EDM »).


L’EPISODE: (Episode 1/01, King of the Hill (je crois)) Un jeune garçon prépubère aux cheveux gominés se réjouit de rentrer à l’école pour revoir sa copine cheerleadeuse de l’est. C’était sans compter la venue d’un jeune hidalgo au juste au corps provoquant…..




LE GENERIQUE: Délicieuse introduction aux riffs inoubliables qui sentent bon le sable chaud, les planches de surf et les colliers coquillages. Sorte d’image d’Epinal du rêve adolescent américain, le générique serait un hommage à la génération Poivre Blanc fidodidonesque crépusculaire, dont le public cible est en train de se faire happer par Waïkiki et ses audacieux motifs simiesques.




LE LOOK : Les chouchous règnent en maître sur le sommet des crânes de Bayside, bien qu’étouffés dans des chevelures gonflées à l’Elnett et aux chiennes défiant la loi de la gravité, terminées par une queue de cheval rejetée nonchalamment sur le côté. 

Pour les mecs, on est dans la surenchère capillaire. Dans une philosophie proche du «Y en a un peu plus, je vous le mets quand même ? », on préfère la crinière abondante, quitte à ne pas savoir qu’en faire. Au pire, on la plaque en arrière à grand renfort de gomina ou on la laisse en moquette sur la nuque. Ben oui, on n’est jamais à l’abri d’un courant d’air. Surtout quand on porte un marcel (allez comprendre la logique). Niveau vestimentaire aussi, c’était l’époque du bouffant. Pantalons taille haute type jodpur, épaulettes à gogo, survets en sky XXL, ça bouffait dans tous les sens. A part ça, on retrouve le complet jeans et les jeans noirs délavés type j’ai débouché les chiottes à l'eau de javel avant de venir, qu’avait eu le bon goût de lancer sur le marché André Agassi, précurseur à l’époque en matière d’urban sportswear.

                                              




POURQUOI REGARDER CET EPISODE :

* Parce que c’est le premier, l’épisode pilote devenu réalité, le 1/01 !! Soit le fruit du labeur d’une équipe de scénaristes chevronnés et de producteurs aventureux. Et ça, ça ne se râte pas. 

* Parce qu’on y fait la connaissance de Slater. Et que vous en connaissez beaucoup vous, des types qui s’appellent A.C.? 

Pour les répliques cinglantes, évidemment, parmi lesquelles:

 Zak : « Kelly, tu peux pas la draguer. » 
 Slater : « Pourquoi ? »
 Zak : « Parce que euh….elle est lépreuse. »
 Slater : « Et alors, on a tous nos problèmes de peau !! » 

ou de type Carambar :
Prof : « Etre ou ne pas être, telle est la question. Qui a dit ça ? »  
Zak : « Vous, à l’instant Madame !! 

Pour les tours de magie à couper le souffle de Max, le gérant de la cafèt.

* Pour le second degré de lecture pornochic audacieux pour une série à destination du cycle inférieur:                     

Zak, en réaction au récit de vacances de Kelly, qui lui raconte qu’elle jouait au volley sur la plage : « Il devait faire chaud ». Kelly : « Non, c’était surtout l’humidité…. Nos T-shirts nous collaient au corps….»

      *  Pour le jeu du prof de math (j’ai vraiment ri, si).

      * Pour les nombreuses références littéraires : Shakespeare, le jeu de l’amour et du hasard, etc.
      
      * Pour la sobriété du montage.
       
      * Euh, c’est tout je crois.


dimanche 3 novembre 2013

Episode XXIV : How I met your mother


1985. Le jeune Nicolas s’enquiert auprès de son père de la rencontre de celui-ci avec sa mère. Son père se pose un instant à ses côtés, sur le grand canapé de velours côtelé.

« Et bien….. Je dois dire qu’il m’a fallu faire preuve de patience. De beaucoup de patience….. Ta mère et moi nous sommes rencontrés pour la première fois sur les bancs de l’école primaire. Enfin, façon de parler. Car à l’époque, l’enseignement n’était pas mixte. Le seul jour où nous, les garçons, avions le droit de croiser le regard des filles et se laisser envoûter par leurs petites jupes plissées, c’était celui de la rentrée des classes…… »

2035. Le jeune Arthur demande à son paternel comment il a rencontré sa mère. Son père ne répond pas tout de suite. Arthur lui repose la question, appuyant cette fois sa requête d’une légère tape sur l’épaule de l'interlocuteur absent avec qui il tente d'entrer en communication. Son père décolle alors ses rétines de l’écran de sa tablette, et rejoint son fils sur le canapé Ektorp du salon.

« Et ben….. Tu sais, avec ta mère ça s’est passé assez rapidement. Il faut dire que ça faisait des années que j’étais célibataire, et ça me convenait très bien comme ça. Je m’en tapais des meufs à l’époque, j’en profitais bien, et je n’avais aucune envie que ça change. Jusqu'au jour de mes 30 ans, où je suis foutu à la porte de ma chambre par tes grands-parents. Comme vivre seul me fout les boules, la première chose que je fais est de m'inscrire sur Meetic, un site de rencontre sur Internet en vogue dans les années 2000. Cinq minutes plus tard, ma messagerie clignote. Dans ma boîte, le message d’une bonne femme qui semble plus qu’intéressée par mon patrimoine….. » ………

…….. « Ce jour-là, nos regards se croisent l’espace d’un très court instant. Nous nous trouvions à même hauteur, dans les rangs respectifs que nous formions pour entrer dans la grande salle où devait se donner le discours de bienvenue du directeur. Elle côté filles, moi côté garçons. Du haut de mes 12 ans, je tombe littéralement sous le charme de son sourire mutin. Puis son rang avance, et elle avec. Je ne la reverrai plus pendant des mois. »…….

« La fille, Brenda, 85-70-90, lifecoach de profession, passionnée par le VTT, le scrapbooking et les vidéos de chat ; possédant un bichon maltais et deux perruches ; intolérante au lactose et souffrant de prurit par fortes chaleurs, me donnait rendez-vous le soir même au resto. A l’ancienne, mais pourquoi pas. J’espérais que ce romantisme légèrement vintage dissimulait une braise qui en demandait qu’à s’embraser à mon contact. Je peux te dire que j’ai été vite refroidi. La photo Instagram qu’elle avait utilisée pour son profil lui donnait dix ans de moins. Et quand tu sais que ce soir-là, il faisait dans les 30 degrés, je te laisse imaginer le triste tableau qui m’attendait à une table de La Sœur du Patron »……

« Tous les jours pourtant, alors que je longeais le mur de la cour de l’école des filles pour rejoindre celle des garçons, je la devinais. Je croyais distinguer son rire parmi le gloussement généralisé qui s’élevait derrière les murailles de cette forteresse. Je jubilais à la pensée que je respirais le même air qu’elle, et à l'idée que quelques briques seulement nous séparaient l’un de l’autre. »

« En plus, c’est pas comme si cette cruche avait quelque chose à me raconter, en tout cas que je ne savais déjà. J’ai passé ma soirée à zyeuter mon IPhone, jouant discrètement à Candy Crush sous la table. A un moment, elle reçoit un appel, et se casse aux chiottes. Ou alors c’était une excuse bidon pour aller éponger sa peau suintante. C’est à ce moment là que je reçois une alerte Facebook. Un reminder « événement » qui me rappelle que la fête chez Colin commence dans 20 minutes. »

« Puis le temps des grandes vacances arriva. Je crus tressaillir ce jour heureux où je la croisai dans le parc communal. Elle était là, sur un banc, à lire un roman d’Alexandre Dumas. Elle avait troqué son uniforme strict contre une mini jupe à la limite de l’affriolant. Cinq minutes plus tard, sa mère la rejoignit, et l’emmena hors de mon champ de vision. »

" J’essaie de fuir à l’anglaise mais Brenda reéapparaît par l’embrasure de la porte des toilettes, repoudrée, rebrushée, voire remanucurée. La carte des desserts étant fort heureusement peu compatible avec son intolérance au lactose, notre rancart se termine là. Je la plante sur le trottoir. Un œil sur Facebook en rejoignant ma bagnole : cette dinde m’a friendrequesté il y a dix minutes. Autant dire : sur le pot. Je rejette sa demande d'amitié. »

« J’appris quelques semaines plus tard, de la bouche d’une commère qui avait établi ses quartiers sous le grand châtaignier du parc, qu’elle avait déménagé dans le village voisin. Autant dire : au bout du monde. La rombière m’apprit également que l’objet de mon désir rejoindrait à la rentrée un internat pour jeunes filles, à une trentaine de kilomètres d’ici. Comment allais-je faire pour la recroiser ? De quelles astuces allais-je devoir user pour apercevoir à nouveau ses délicieuses gambettes ? Et quels exploits physiques allais-je devoir accomplir pour parcourir la distance qui me séparait toujours plus d’elle ? »

« Je débarque chez Colin. La soirée est déjà bien entamée, les gens aussi. So swag. Je retrouve des potes, on cause au bar en s’enfilant des grandes pils. On mate un peu, mais y a pas grand chose de propre dans le coin. Tout juste une ou deux hipstafashionistas qui font des selfies avec leurs IPhone. Quand tout à coup, je l’aperçois !! »

« Je finis par trouver dans le botin l’adresse de son internat. Je lui envoie une carte postale de notre village. J’ai peur de passer pour un ringard ».

« Elle est là, semblable à toutes les autres, et pourtant différente. Peut-être parce qu’elle me regarde. Peut-être parce qu’on porte la même IceWatch orange. Je m’avance vers elle, je vais la pécho, c’est sûr. Je me faufile à travers la foule, bravant la sueur d’aisselles inconnues que je dois pourtant effleurer pour tenter d’atteindre l’objet du désir….. que je vois disparaître dans un taxi. Comment faire maintenant ? Merde !! »

« Elle me répond. Elle est touchée par mon geste. Elle se demandait quand j’allais enfin lui déclarer ma flamme. Notre correspondance secrète durera pendant l’entièreté de nos études secondaires. A une de ses missives, elle joindra une photo. Son portrait ne quittera jamais mon portefeuille. Je la regardais à chaque coup de blues, me languissant de ses tâches de rousseur auxquelles le cliché monochrome ne faisait pas honneur. »

«  N’écoutant que mon courage, je me connecte sur Facebook. Je suis taggué sur une photo de la soirée de Colin. Bord cadre, un avant-bras arborant une IceWatch orange est également taggué. Je la tiens !! »

« Le premier jour des grandes vacances qui suivent la fin de notre rhéto, je reçois une carte postale. Elle m’invite chez elle le weekend prochain, pour rencontrer ses parents. Pendant une semaine, je ne dormirai pas. »

« Un tour sur sa page Facebook, Foursquare  m’indique qu’elle se trouve dans le nouveau bar qui vient d’ouvrir dans le centre ville. Je saute dans ma caisse, j’encode l’adresse dans le GPS, je débarque dans le café, où je l’aperçois au bar avec deux de ses copines.»

« La rencontre avec ses parents se passe pour le mieux. Même s'ils nous collent aux baskets toute la journée, et toutes celles qui suivront ce premier rendez-vous. »

« Je la rejoins. Je n’y vais pas par quatre chemins, et lui dis texto qu’elle m’intéresse. Elle le prend bien. On boit quelques coups, on s’détend. Elle me dit qu’elle adore la chanson qui passe. WTF? Jamais entendu cette daube. Je shazamise en schmet le morceau. Quand je lui sors le nom du titre, elle me sort le grand jeu. Pour ne pas dire : elle me roule une pelle. Bien ouèj non ? »

« Au fil de nos rencontres sous haute surveillance, on apprend à se connaître, on s’amuse de tous nos points communs. »

« Comme il ne faut pas crier victoire au premier patin, j’use de toutes mes ficelles de vieux briscard de la love. Histoire d'être sûr de la ramener dans mon lit. Prétextant un besoin urgent de pisser, je me replonge dans les méandres de sa page Facebook. Un tour sur les mentions "J’aime", et je nous découvre des atomes crochus. Enfin un: on aime tous les deux Stromae. Mais cinq minutes me suffiront à me convaincre que je partage tous ses autres intérêts. »

« Au bout de deux ans, je dus bien me rendre à l’évidence. Je n’arriverais jamais à conclure avec ta mère si je n’en demande pas l’autorisation à son père. Vêtu de mon plus beau costume, après avoir parcouru la campagne à vélo, je frappe à la porte de la maison familiale pour aller demander sa main au pater familias. »

« C’est notre passion commune pour la littérature américaine qui finit donc de convaincre ta mère de passer la nuit avec moi. Le lendemain, elle officialisa notre relation sur les réseaux sociaux. 35 secondes plus tard, son père lika l’info, suivi de sa mère, 12 secondes après. »

« Nous nous mariâmes l’année suivante et ton frère vint au monde neuf mois après notre union. Ta sœur suivit deux ans après et tu pointas le bout de ton nez l’année suivante. Voilà fiston, tu sais tout. »

« A 27 ans, ta mère était encore étudiante. Elle s’apprêtait à partir en Erasmus au Mexique pour un an. On entretint une relation par Skype jusqu'à son retour, où l'on décida qu’il était temps de s’engager officiellement. On prit un appart ensemble. Malgré tout, on resta assez indépendant. On avait envie de profiter avant d’avoir des enfants. Tu es né huit ans après notre emménagement. Puis on a fait ton petit frère sur le tard. Voilà fiston, tu sais tout. »